La rencontre


- Où est-ce que vous allez ? 
- Aux bottes de pailles.
- Ils nous les ont enlevés ! "


La rencontre

Pour Suzanne

Un jour, tu m’as demandé de t’écrire quelque chose, chose que je t’avais promis, je m’apprête donc à te dédier ces quelques lignes, je vais gribouiller quelques mots sur cette page vide. Mais que t’écrire mise à part le fait que tu sois une personne merveilleuse ?  J’ai commencé à me remémorer tous les moments passés à tes côtés, il y en a tellement ! Cependant ennuyée je me suis rendue compte que je ne me souvenais pas de notre rencontre. Tu te rends compte après tous ces moments partagés, ne pas se souvenir de notre rencontre ! Certes c’était il y a fort longtemps, mais tout de même j’étais déçue mais surtout triste de ne pas me souvenir de cet évènement si simple mais qui me semble  si important. Le début, notre début. Comment pouvons-nous avancer s’il n’y a pas de commencement ? C’est impossible on a toujours besoin d’un début. Totalement frustrée j’ai décidé d’imaginer, inventer, transcrire notre rencontre…

Nous étions un de ces beaux jour de septembre, un de ces jours où la chaleur ambrée de fin d’été se mélange à l’air frais et imprègne nos corps d’odeur de rentrée. Et oui ce jour été arrivée, premier jour d’école. Il fallut entrer dans un nouvelle univers, parcourir un autre chemin : celui de la maternelle. Pour l’occasion ma mère avait décidé de m’habiller comme pour un jour de fête, robe rose et papillon. Le déjeuner avalé, elle m’a accompagnée. Sac aux effigies des petites filles sur le dos, ma main empoignée dans la sienne, nous nous sommes élancées dans la ruelle qui menait à l’établissement. Arrivées à l’embrasure de ce grand portail blanc, j’ai ressenti comme un goût amer dans la bouche. Mon  estomac se tordait comme si un danger approchait. Allais-t-elle vraiment m’abandonner dans cette endroit sinistre, on ne savait pas ce qu’il y avait derrière ces hauts barreaux. Ma main s’est crispée, ma mère s’en est bien rendu compte car elle s’est abaissée à ma hauteur et ma dit d’une voix douce et rassurante, d’entrer car j’allais bien m’amuser et que j’allais me faire plein de copains. Je n’avais aucune envie d’y aller. Je voulais qu’elle reste avec moi, je voulais qu’elle m’emmène au parc, dans lequel elle m’aurait offert une crème glacée à la fraise. Je commençais à rouspéter quand elle m’est apparue, cette petite fille coiffée en deux couettes bouclées. Ses frisettes brunes et son large sourire la rendaient pleine de grâce. Elle marchait la tête haute accrochée au poignée de sa maman. Devant le portail cette dernière se pencha et la fillette fit claquer une bise sur chacune des joues de la femme. Puis elle entra avec le même large sourire qu’elle abordait précédemment. Qu’est-ce qu’elle était belle dans sa robe pailletée, elle illuminait tout sur son passage. A côté d’elle je ne ressemblais qu’à un chamalow. Mes cheveux blond et très fin paraissaient ternes comparé aux sien, ils étaient assimilable à de la paille. Voulant imiter sa bravoure, j’embrassai ma mère et me dirigea à pas lent vers l’entrée aux enfers. Mais avant de franchir le seuil de la porte, je me retournai une dernière fois pour lui faire signe, puis je m’enfonçai dans les profondeurs de la cour de récré.  Puis la cloche sonna, elle résonna dans nos cervelles en un bruit sourd et strident. La maîtresse nous emmène dans une pièce d’une blancheur médicale. Devant nos tête interloquées elle nous confie que notre devoir, c’est de décorer cette pièce vide de toute émotion. Mais avant ceci elle nous a assuré qu’il était d’abord préférable de se présenter. Liste à la main elle a commencé à appeler les différents enfants présents. Mon tour venue j’ai levé timidement la main. Thomas-Antoine-Léa. Puis elle a ensuite appelé une personne au prénom royal. Suzanne. Un prénom qui a traversé les âges mais qui incarne la beauté. Un prénom qui respire l’originalité, un prénom différent, unique. Alors la petite fille aux cheveux soyeux, leva la main et répondit par un haut et distinct « présente ». J’étais émerveillée. Peu de temps après nous sommes sortis en récréation. Tous les enfants criaient de joie. La plupart s’amusaient à glisser sur le toboggan, jouer au chat ou sauter à la marelle. Moi, j’étais seule, près du grand arbre, assise en tailleur à regarder. Suzanne, était entourée de plusieurs camarades et ensembles ils rigolaient beaucoup. Je les enviais presque, mais ma timidité m’empêchais de les approcher. Rentrés en classe, la maîtresse nous donna feuilles, feutres et crayons. J’avais entrepris de dessiner une princesse. J’ai tout d’abord crayonné les contours, des traits épais et maladroits.  Bonhomme à six doigts, bonhomme aux bras plus long que les jambes, bonhomme aux yeux énormes. Maintenant, il fallait colorier les différents éléments.  Je m’apprêtais à prendre le feutre rouge sur la table quand une main me devança. Elle me prit mon feutre pourpré, frustrée je me suis rabattue sur le vert foncé, seule couleur qu’il restait. J’ai caché mon amertume et j’ai peint la robe de la princesse en vert. Une fois mon dessin achevé le garçon à côté de moi, s’est esclaffé. Il m’a dit que les ogres n’avaient pas de couronne. Vexée j’ai répliqué qu’il s’agissait d’une princesse. Peu convaincu il m’a répondu qu’il ne me croyait pas. Puis, Suzanne est apparue et lui a assuré que les princesses ogres existaient. Elle s’est penchée sur ma feuille et elle  a dessiné une fleur dans les mains de mon personnage. Il lui manque son prince, dit-elle insatisfaite. Elle s’est assise à côté de moi et elle a commencé à tracer les contours du prince. Elle m’a ensuite demandé de le colorier en vert pendant qu’elle faisait la couronne. Mais soudain je me suis rendue compte que nos figures n’avaient pas d’oreille. Elle a alors dessiné des oreilles disproportionnées à la tête du couple princier. Devant ma tête dégoutée elle m’a dit que les ogres étaient abjects, nous les avons donc enlaidis. Cela nous a beaucoup fait rire. Une fois finis, elle a tracé un « M » ainsi qu’un « S » en bas de la page en guise de signature. La maîtresse a trouvé notre œuvre très réussie, c’est pour cette raison-là qu’elle l’a accroché au mur avec du ruban adhésif. Nous étions fières de notre travail. Mais c’était déjà l’heure, les parents nous attendaient. Nous avons traversé la cours, je lui donnais la main, la main de la petite fille aux cheveux soyeux. J’avais un large sourire. Dès que j’eus vu ma mère, je me suis jetée dans ses bras. Nous étions sur le point de partir quand Suzanne me cria que dès le lendemain il faudrait que l’on dessine le château des ogres. J’ai acquiescé, les yeux pétillants d’excitation, ma mère a poussé un soupir de soulagement. Je venais de rencontrer une fille formidable…

Suzanne, je voudrais simplement te dire merci.  Je n’ai pas besoin de faire ton éloge pour tu saches que depuis toujours tu comptes beaucoup pour moi. Pas besoin de faire une liste rébarbatif sur toutes tes qualités, pour que tu saches que tu es quelqu’un d’exceptionnelle. J’ai donc écrit un texte peut être maladroit mais qui illustre parfaitement ta personnalité, un texte qui met en évidence les sentiments que je te porte.

Je pense, et je ne sais plus qui est-ce qui disait qu’une cousine c’est entre une sœur et une amie. Et c’est vrai, car on partage tous nos secrets et on partage aussi la même famille et c’est merveilleux.

A toutes nos sottises, à tous nos fous rires, à tous nos souvenirs, à tous nos moments partagés, à toi, à moi, à nous.



M@rion

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