Partage



PARTAGE







 





Marion Pommier













« Double et fallacieux, le miroir à la fois principe d’unité, peut rassembler, ordonner, enrichir mais aussi briser, disperser, déformer. Il intervient, non plus seulement comme symbole du savoir et source de lumière, mais règne dans toute sa fantaisie qui s’insinue dans le cortège des métamorphoses. »

Michèle BEGNY-CRIMAIL Du miroir au selfie, un essai sur la photographie, L’art dit, 2017, extrait













Je me suis placée devant mon miroir pour trouver l’inspiration. Mais au final, il n’y a qu’une question qui m’est venue en tête. Qui suis-je ? Je me sentais un peu bête de ne pas pouvoir me définir. Je devais mettre des mots sur la personne que je suis.

Edgar Morin a dit, dans l’un de ses documentaires, que lorsque nous nous regardons dans un miroir, nous ne pouvons pas vraiment savoir qui nous sommes. C’est le regard des autres, qui constitue la personne que l’on est.

J’ai donc eu l’envie d’interroger des proches qui me sont chers et dont l’avis compte beaucoup pour moi. Des personnes de divers horizons avec lesquels j’ai partagé des moments importants de ma vie. Des profs de collège, lycée, prépa. Mais aussi des membres de ma famille proche, frère, sœur, parents, grands-parents, tente, cousines. Mes amis de partout, que j’ai rencontré tout au long de mon parcours scolaire, au basket, en colonie. Mais aussi des amis de mes parents, la maman de ma meilleure amie. Je voulais surtout une diversité des âges et des relations pour avoir un bel échantillon.

Cette année, je me suis beaucoup questionnée sur mon identité artistique, j’ai donc voulut m’inspirer de la réponse de mes proches sur cet aspect-là.

Avant d’avoir le sujet de mes photos, j’ai eu l’idée de présentation, je voulais placer deux miroir l’un en face de l’autre pour illustrer l’idée du double. Les grands miroirs m’ont fait penser à la galerie des glaces à Versailles. Et la somptuosité des lustres m’a donné envie de fabriquer le mien comme Kogelnik a fabriqué le sien pour Chandelier Hanging.

J’ai pour cela, inventer un protocole en m’inspirant de l’œuvre de Sophie Calle Prenez soin de vous. J’ai demandé à ce qu’on écrive sur des petits papiers colorés d’un côté une œuvre qui a personnellement touché mon destinataire et de l’autre côté un mot qui me décrive aux yeux de cette même personne. Ils doivent me renvoyer l’œuvre en se réappropriant la lettre comme Sophie Calle l’a demandé aux 107 femmes. J’insiste aussi sur l’écrit. Je veux que chacun de mes correspondants écrivent eux-mêmes le papier.

J’ai par mes 25 lettres fait référence au pop artiste Andy Warhol, j’ai comme pour son œuvre Marylin effacé peu à peu les lettres. Et à la manière des Soupes Campbell, fait ces 25 lettres de la même manière mais pourtant chacune différente.

Je voulais en vérité, faire une expérience humaine, en partageant avec les autres. Recevrais-je toutes les lettres ? A quelle vitesse ? Cette expérience est réussie, j’ai reçu des appels, pour que je réexplique la démarche, certaines sont arrivées très tôt, d’autres beaucoup plus tard et certaine pas du tout.

A travers cette démarche, je voulais aussi dénoncer la société de consommation tout en avouant une certaine nostalgie de l’oublie des lettres. De nos jours, à l’heure de la surconsommation numérique, très peu de personnes écrivent pour le plaisir. A mon grand regret. J’ai toujours aimé écrire et recevoir du courrier. Quelle était mon excitation que d’ouvrir ma boite et de découvrir quelle œuvre mes correspondants m’envoyaient.   Dans mes photos, j’ai réinterprété l’art que l’on m’a envoyé pour me l’approprier et définir mon reflet changeant.



PROTOCOLE



·       Faire une liste de 25 personnes à qui envoyer la lettre et lister leur adresse.

·       Ecrire la lettre et la photocopier, elle s’efface peu à peu (référence à Warhol/ Opalka)

·       Acheter 25 enveloppes krafts, 25 timbres et 25 enveloppes pré timbrées.

·       Ecrire l’adresse sur chacune des enveloppes (la mienne sur les pré timbrés).

·       Ecrire un petit mot sur les lettres pour chaque personne.

·       Glisser la lettre, un petit papier coloré et une enveloppe pré timbrée dans chacune des enveloppes krafts.

·       Tout poster en notant la date d’envoi (j’énumère ensuite quand elles me reviennent).

·       Regarder chaque jour dans la boite aux lettres.

·       Faire une série de photo à partir des réponses obtenues.




RESULTAS

·       20 lettres reçues sur 25.
·       1 retour à expédition.
·       1 jamais reçue à mon destinataire.
·       1 personne sur 36 a pour œuvre préférée le premier art : l’architecture.
·       12 personnes sur 36 ont pour œuvre préférée le troisième art : la peinture.
·       7 personnes sur 36 ont pour œuvre préférée le quatrième art : la musique.
·       10 personnes sur 36 ont pour œuvre préférée le cinquième art : la littérature.
·       6 personnes sur 36 ont pour œuvre préférée le septième art : le cinéma.
·        Quelques compositions originale sur les lettres renvoyées (réinterprétation d’Yves Klein, de Van Gogh, petits dessins, mots gentil).



 

 
Le viaduc de Garabit, Gustave Eiffel

La petite fille au Ballon, Banksy

How to disapear completly, Radiohead

Le cri, Munch

La corrida, Léonard



Roméo + Juliette, Baz Luhrmann

La truite, Schubert

Winx

Venise, Chomis



Le dormeur du Val, Rimbaud

Sleep, Richter

La vie est belle, Benigni

Allons z’enfants, Yves Gibeau

The partisan, Léonard Cohen

La part de l’autre, Eric-Emmanuel Shmidt

Le bassin aux nymphéas harmonie verte, Monet



Nighthawks, Edward Hopper

Questionnaire, Proust

Nectar, Lily Prior

Talons aiguilles, Pedro Almodovar

Intouchable, Olivier Nakache/ Eric Toledano

Edward aux mains d’argent, Tim Burton




Le chagrin, Lionel Duroy

Les hauts du Hurlevant, Emily Brontë

Elizabeth princesse à Versailles

A ta manière, Amir

La plus précieuse des marchandises, J-C Grimberg

Chambre à coucher, Vilhelm Hammershoi



Harry Potter, J-K Rowling

Complainte du petit cheval blanc, Paul Fort

La pie, Monet

Le serment du jeu de Paume, J-L David



IKB, Yves Klein

Composition VIII, Kandinsky

The lost Recording, Daniel Johnston

Nuit étoilée, Vincent Van Gogh



Après avoir terminé démarche, j’ai regardé mon travail. Les gens m’ont tous définit par un mot mélioratif (sauf mon petit frère). Certains sont revenus plusieurs fois : gentille, attentionnée, altruiste, courageuse, pétillante et douce.

Incroyablement surprenante et sucrée, sont des expressions que j’ai beaucoup aimées. 

Suis-je capable, à présent, de me définir complètement ? Je n’en suis pas sûre. Tous ces mots, sont beaux, mais il y en a peut-être un peu trop, pour que je les encaisse tous d’un coup. Je remercie mes destinataires pour ces jolies attentions.  

J’ai compris, que ce qui me définissait surtout, c’est le lien avec les autres, tout comme mon rapport avec l’écriture. Sans m’en rendre compte, j’ai analysé les personnes à travers ces courriers (en listant, organisant, assemblant). Cela me conforte dans ma démarche artistique qui se rapproche beaucoup de la société et des individus qui en font partis. L’écriture est partout dans ce projet, et reflète bien l’intérêt que je lui porte. Je suis amoureuse des mots.

La dernière pièce à ajouter à mon lustre, pour qu’il soit achevé, c’est d’accrocher mon petit morceau de papier. Il est rouge, pour me différencier de celui des autres. Pour l’œuvre qui me touche, j’avais déjà écrit Nighthawks d’Edaward Hopper.  Je souris. Sans nous consulter, avec ma meilleure amie, nous avions mis le même tableau. Nous n’avions pourtant jamais parlé de cet artiste ensemble. Aucunes autres œuvres n’est identiques.

J’empoigne mon stylo pour écrire de l’autre côté, en lettre capitale le mot « PARTAGE ». C’est le mot qui me semble tout rassemble. Mes proches, l’écriture et les identités que l’on me donne.

Je suis PARTAGE, peut-être qu’au final, le regard des autres nous aide seulement à nous connaitre, sans pouvoir clairement parvenir à nous définir mieux que nous même…

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